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Réflexion
Du "voulez-vous danser ?" au "voulez-vous coucher ?" ... des pas de danse.
par Cliford Jasmin
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Photo : Catwoman

Faut-il penser comme le dit si bien l’adage que « la danse est l’expression verticale d’un désir horizontal » ? Il est, en effet, incontestable que la danse, notamment la danse de couple représente dans son essence même un espace favorable à la rencontre. Danser c’est se poser, c’est exister, c’est exister pour soi-même, mais surtout vis-à-vis de l’autre, à travers ce qu’il ou elle nous renvoie ou croyons, qu’il ou elle nous renvoie. Quant au cas qui nous intéresse ici, la danse de couple, elle, ne peut se concevoir que dans un rapport à l’autre. C’est à se demander s’il viendrait à l’esprit d’un Robinson Crusoé, perdu sur son île déserte, sans aucun alter ego, de se mettre à danser. A travers la danse, nous prenons conscience de notre corps et du corps de l’autre. Il est vrai que c’est un point de vue que la danse à deux met en scène mieux que toute autre forme de danse. Il est plus que courant qu’un homme ou une femme vienne à la danse de couple dans une démarche, consciente ou inconsciente, avouée ou inavouée, de séduction de l’autre dans son sens large ou intime.

La danse de couple est, sans nul doute, le meilleur catalyseur en matière de rencontre. C’est un des rares contextes, sinon le seul, où l’on peut, en toute légitimité, sans autre détour, sans autre artifice, sans tomber dans la grossièreté, juste par un simple « voulez-vous danser ? » articulé, voire gestuel, avoir la seconde d’après l’autre, que l’on ne connaissait pas, dans ses bras, le (la) sentir, le (la) toucher, entrer d’une certaine manière dans son intimité ; sans que cela cela n’engage à rien, ou alors précisément parce que cela n’engage à rien.

C’est là tout le paradoxe de la danse à deux, elle est en même temps gratuite, mais capitalisable, elle n’engage à rien à la base, mais ouvre la porte à toute sorte d’engagement ou d’ambigüité. Tout semble possible, en ce sens où un espace d’échange est initié, un dialogue est ouvert ; peu importe la tournure qu’il prendra. Le Fameux « voulez-vous danser avec moi ? » joue quasiment le rôle d’un « Abracadabra », comme une sorte de formule magique, sans laquelle il serait quasiment impossible d’ouvrir la porte aussi vite, de rompre aussi instantanément la glace de la première approche ; en général, si intimidant voir dissuasif ; telle une eau glaciale dont le premier contact reste effroyable.

Il y a, en effet, un raccourci relationnel dont la danse seule a le secret.

A travers l’énergie sensuelle qui s’y dégage, l’acte de danser peut à tout moment, à la faveur d’un corps à corps, basculer du côté de la sexualité, se faire complice d’un désir ou d’une envie. Il est intéressant, de ce point de vue, de remarquer que c’est souvent dans les sociétés très pudiques sur la question du sexe que naissent les danses les plus « chaudes ». Je pense notamment au Zouk (musique et danse des Antilles Françaises) et au Kompa (musique et danse d’Haïti). Dans les deux cas, il s’agit de sociétés, où il y a 15, 20 ans, il était inconcevable, notamment pour les jeunes, d’assumer ouvertement aux yeux de la société une relation amoureuse et encore moins une vie sexuelle. Contrairement aux clichés et aux idées reçues, on a affaire à des cultures où le sexe, il y a quelques années encore, était loin d’être libéré, mais constituait un sujet tabou. Dans le cas haïtien, que je connais le mieux pour y avoir grandi, la danse a servi incontestablement d’échappatoire sexuel, aux jeunes et moins jeunes, une façon de contourner les interdits. Tout y était organisé pour permettre aux uns et aux autres de donner libre cours à leur libido. En effet dans les bals, la lumière devait être toujours très tamisée, quand ce n’était pas carrément l’obscurité, la plus totale ; les groupes musicaux prenaient plaisir à prolonger les morceaux, en y introduisant des « solos de piano », passage musical très doux, mieux appropriés au collé/serré, certains chanteurs allant même jusqu’à inciter les danseurs à se laisser aller au corps à corps et au plaisir charnel « Karese mwen, karese mwen… » de Marie-José Ali ou encore le fameux « tu peux mettre… » de l’inoubliable chanteur/compositeur, Coupé Cloué. Il s’agissait de rituels pouvant aller très loin et qui, en ce sens, font échos à l’affirmation peut-être peu romantique mais pleine de réalisme de Desproges : « la danse est l’expression verticale d’une frustration horizontale ».

Toutefois, doit-on regretter cette perception quelque peu crue de la danse, ? Doit-on en rougir ? N’est-ce pas, après tout, le propre même de l’art, sa magie, que de sublimer à travers un mode d’expression intermédiaire, voilé, les énergies primales, les sentiments primordiaux ? Une chanson née d’un désir sexuel, ou encore un tableau inspiré de je ne sais quel corps désirable, doit-il pour autant cesser d’éveiller en nous, le sentiment du beau, nous émouvoir ? La dimension artistique d’une danse n’a pas à être entachée de ses motivations, puisse-t-il s’agir de l’appel du bas-ventre. Frustration ou désir horizontal maquillé… qui peut jeter la première pierre ; quand la vibration passe, quand les partenaires sont sur la même longueur d’onde, c’est ce qu’il y a de plus beau. Tout ceux qui ont vécu cela, ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, savent de quoi je parle. Nous sommes nombreux à nous rencontrer, à nous aimer grâce à la danse. J’ai moi-même rencontré les femmes de ma vie et pour finir mon épouse à travers la danse. Mon corps a dit si fort les mots que ma bouche n’osait prononcer, qu’elle les a entendu... Sans m’étaler davantage sur le sujet ; je me permettrais de vous souhaiter de connaître les plaisirs d’une danse partagée…jusqu’au bout de la nuit…


A propos de l’auteur :

Cliford Jasmin est Co-fondateur / Directeur pédagogique et artistique de Salsabor - Afro-Caribbean Soul



 

 

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