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Orlando Maraca Valle
Interview de la "Flûte Enchantée" cubaine
par Jack El Calvo

ENTREVUE AVEC LA "FLUTE ENCHANTEE" CUBAINE Le 24/07/04

C’est lors du concert d’Issac Delgado à la Galerie (Paris) le 03 juillet 2004 que je fis la rencontre de ce grand musicien si facile d’accès et dont la générosité m’a explosé au visage… C’est alors que je prenais contact sérieusement avec lui pour le retrouver quelques jours après, en compagnie de sa charmante épouse française Cécile et de Patrick (partenaire photographe que je ne remercierai jamais assez) pour un déjeuner interview fort convivial. J’y découvrais alors un personnage très attachant, plein d’humour maîtrisant plutôt bien la langue française et ne mâchant pas ses mots pour notre plus grand plaisir

Orlando « Maraca » Valle est à la fois modeste, vif, intelligent et musicalement fort doué !! Ses projets de réunir des grands musiciens autour de lui est un vrai régal… Et ses disques de purs joyaux que le temps n’affaiblit pas...

Voici la 1ere partie de l’interview qui, je l’espère, vous passionnera autant que moi…

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Orlando en action
Crédit : Patrick Bonnard

JACK EL CALVO : Orlando, bonjour. Dans quel contexte musical es tu né ? Des parents musiciens ?

ORLANDO « MARACA » VALLE : Je suis né à Parraga, un quartier au Sud de La Havane. Là-bas, il y a beaucoup de « guaperia » Mon père n’était pas musicien, mais un de mes oncles, si ; et mes 4 frères aussi. Je suis l’avant-dernier. Mon oncle était à l’époque le directeur de la Banda Municipal de Holguin.

J.E.C. : Comment as-tu choisi ton instrument, la flûte ?

O.M.V. : Au départ, on m’a « imposé » la flûte (rires) ; un de mes frères, Osvaldo, m’a un jour entendu chanter et il m’a dit qu’il y avait une convocation pour rentrer au conservatoire Manuel Saumell. Il m’ a demandé ce que je voulais y étudier ; j’ai réfléchi pendant plusieurs jours et puis je lui ai dit que je voulais jouer de la guitare. Il m’a dit : (Maraca, en français) « C’est pas possible ! Il y a trop de concurrence pour le concours d’entrée de la classe de guitare, trop de monde ! » (Maraca, en espagnol) Osvaldo et mon autre frère aîné Pedro sont saxophoniste et clarinettiste, et ils m’ont dit : « Pas un saxophoniste de plus ! prends la flûte ! » J’ai dit (Maraca, en français) : « OK, connais pas ! mais je vais essayer ! ». (en espagnol) J’ai passé l’examen d’entrée du conservatoire et j’ai eu 100 points partout. J’ai donc été accepté. J’ai eu un jour l’occasion d’avoir un sax alto dans les mains ; comme j’avais envie d’essayer, j’ai soufflé dedans, mais ça été terrible ! ça sonnait affreusement mal ! J’ai donc continué avec la flûte…. Voilà maintenant plus de 20 ans !

J.E.C : Alors, pas de regrets ? ?

O.MV. : Non ! j’étais vraiment nul à l’alto ! (en français) nul, nul ! (rires)

J.E.C. : parles nous de ton rapport avec la France.

O.M.V. : Depuis la première fois que je suis venu en France avec Irakere en 1988, j’ai compté 31 visites en France ! Et puis lors d’un de mes passages en France, j’ai connu Céline, ma femme, et alors tout a changé ( me compliqué)… je me suis converti en « charanga francesa » ! ! (rires)… jusqu’à ce jour !

J.E.C. : beaucoup de gens pensent que tu vis en France ; alors, en France ou à Cuba ?

O.M.V. : Ni en France, ni à Cuba ; dans l’avion ! (Maraca, en Français) permanent !

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Orlando et Jack El Calvo
Photo : Patrick Bonnard

J.E.C. : comment arrive le jazz à Cuba ?

O.M.V. : Ah, ça c’est de l’histoire ! Il faut chercher l’origine de la musique Cubaine là où se trouve l’origine de la musique de jazz ; en Afrique, même les origines en Afrique sont différentes ; la musique Africaine est arrivée autant à Cuba qu’aux Etats-Unis, à travers New Orleans notamment, sauf qu’aux Etats-Unis, le rôle vocal et l’harmonie se sont plus développés, tandis qu’à Cuba, les rythmes africains sont restés très présents. On dit que c’est parce qu’on interdisait aux noirs esclaves en Amérique de jouer les tambours, alors qu’à Cuba les tambours ont toujours été joués et la tradition, même si elle a évolué, s’est maintenue. Et puis il y a un autre point commun entre le jazz et la musique Cubaine, c’est le principe de la descarga et de la jam session, un principe commun. Bien qu’au conservatoire j’ai étudié seulement la musique classique, je sais que dans les années 20, le jazz nord-américain était très vivant à Cuba. Il faisait partie de la musique populaire Cubaine de l’époque ; à cette époque-là, le jazz américain était encore une musique populaire à part entière, comme l’est toujours la musique populaire Cubaine ; Le jazz n’etait pas une musique intellectuelle, réservée à un cercle d’initiés ou utilisant les dernières technologies… il y avait encore beaucoup de "descargas" … total ! (rires)* [*NB : « Descarga Total » est le nom d’un des albums de Maraca parus en 2000]

J.E.C. : Parle-nous de ton rapport avec le jazz ?

O.M.V. : Au conservatoire, j’ai étudié la musique classique à la flûte, le solfège, le piano complémentaire ; mais dans les couloirs du conservatoire, on jouait entre copains du jazz et de la musique brésilienne. Le premier thème que j’ai joué est évidemment « la Chica de Ipanema » - j’étais en 2è année de flûte. Après, un copain guitariste m’a fait découvrir plus de musique brésilienne et surtout le jazz ; je n’y connaissais rien, mais les 2 musiques m’intéressaient énormément ; j’avais 12 ou 13 ans.

J.E.C. : Y’a-t’il des connections entre la musique Cubaine et la musique Brésilienne ?

O.M.V. : Oui… j’adore la musique Brésilienne. L’an dernier, avec mon groupe, nous avons été invités à jouer au Brésil. Ca a été une expérience différente ; on a joué plusieurs concerts et réalisé des rencontres autour de la musique Cubaine avec la population. La démarche était aussi pédagogique. On a senti un très grand intérêt pour la musique Cubaine, la rumba, la salsa, le son. Tout ceci était organisé par le festival PERCPAN, un festival dédié à la percussion du monde entier, dirigé par un grand percussioniste Brésilien, ami de mon frère, nommé Marco Suzano. Il joue du pandeiro (NB : tambourin brésilien)… C’est un génie du pandeiro ! l’an dernier au Brésil, j’ai pu constater que la musique Cubaine a fait son chemin au Brésil et que les gens en étaient vraiment avides ; ceci marque un grand changement, car j’étais allé plusieurs fois jouer au Brésil dans le passé avec d’autres formations ; et à chaque fois, je sentais que les Brésiliens étaient un peu désarmés devant notre musique, on les sentait surpris et un peu craintifs ! cette fois, on a pu vérifier qu’il y a tout un public Brésilien qui connaît et aime la musique Cubaine ; les gens étaient très curieux mais ils connaissaient la « clave » … pour la première fois !

(Pause ; Maraca en français : « Il pleut, comme d’habitude ! » Effectivement il pleuvait à torrent à Paris ce jour-là !!)

J.E.C. : Comment a réagi le public Brésilien à ta musique ?

O.M.V. : Ca a été impressionnant ; on a joué à Rio de Janeiro et à Salvador da Bahia ; c’était « muy rico » ! on aurait dit qu’on était chez nous, à La Havane, pas seulement durant le concert, mais aussi dans la rue, durant les masters-class aussi. C’est comme si on avait le même sang, comme si on était clonés ! (rires)

J.E.C. : J’ai toujours pensé que le Brésil et Cuba étaient en quelque sorte des pays cousins ?

O.M.V. : Oui, il y a quelque chose qui se passe entre le Brésil et cuba, et il faut travailler cela. Il y a beaucoup de connections qui n’ont cependant pas été tellement exploitées ; on est un peu isolés l’un de l’autre, un peu séparés… Mais on a vraiment beaucoup de choses en commun.

J.E.C. : Tu aimerais développer cette connection ?

O.M.V. : Oui… quand j’étais à Rio, on m’a surnommé « el carioca » ! J’ai été invité à plusieurs descargas où l’on jouait de la samba, des bossas-novas ; au début les musiciens Brésiliens jouaient beaucoup de chansons nouvelles pour moi, que je ne connaissais pas ; ce n’était pas les standards brésiliens que je connaissais… ; ils m’ont dit : « Joues ! » Au début, j’ai joué exactement comme un Brésilien le ferait, mais après j’ai joué à ma façon, en y intégrant des éléments de la musique Cubaine dans la musique Brésilienne, ce qu’eux ne pouvait pas faire ; ça les a impressionnés ! et ils m’ont surnommé « Maraca el carioca ! » C’est un honneur… car je ne suis pas Brésilien !

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J.E.C. : Parle nous de la timba…Il y a beaucoup de musicologues qui ne sont pas d’accord sur l’origine du mot « Timba »…

O.M.V. : (en français) Moi non plus ! (rires) (en espagnol) Bon, les musicologues savent plus que moi… Je me rappelle seulement que le mot « timba » vient des années … 4 comme dirait Tata Guines ! Quand j’étais petit, j’entendais des groupes révolutionnaires (d’avant-garde), ceux qui étaient les plus modernes à l’époque et qui commençaient à vouloir casser les schémas de la musique traditionnelle comme le danzon, le son, la charanga traditionnelle, le chachacha ; ils étaient en train d’inventer quelque chose de nouveau et on ne savait encore très bien quoi ; les gens appelaient ça de la « timba » ; c’était dans les années 70… Par exemple, ce que jouait IRAKERE, les gens disaient que c’était de la « timba sabrosa » »(de la bonne timba) ; ils y retrouvaient la même « saveur », le même feeling que dans la musique traditionnelle, mais ce n’était ni du son, ni de la salsa - le terme « salsa » n’était d’ailleurs pas très employé à l’époque, sauf peut-être pour désigner certains travaux de la Fania… Si le mot « salsa » a fonctionné comme une étiquette, le mot « timba » en est également devenue une. Car par la suite il a été employé pour désigner la musique type salsa cubaine actuelle ; comme cette « salsa Cubaine » actuelle est très différente de las salsa telle que celle jouée à New York, il fallait donc trouver une appellation pour la désigner. Juan Formell a été un de ceux qui a employé et défini le mot « timba » et qui a servi ainsi à désigner la salsa Cubaine actuelle. Avec le Team Cuba et les groupes de salsa des années 90 à Cuba, le mot s’est ainsi réduit et a commencé à désigné presque exclusivement cette salsa Cubaine des années 90, en délaissant ainsi le sens donné premièrement à la musique Cubaine innovatrice réalisée dans les années 70 et 80 à Cuba, et que l’on nommait également « timba » à l’époque . Il existe donc bien d’autres timbas des années 60, 70, 80. Le mot « timba » est comme le mot « salsa » ; en tant qu’étiquette, on a donc affaire à un terme générique et forcément réducteur ; la « salsa » englobe aussi beaucoup de styles différents (cumbia, son, …) on ne t’explique pas toujours ce qu’il y a sous l’étiquette.. mais c’est plus facile de dire « salsa » pour désigner l’ensemble de ces genres… C’est la même chose avec la timba…

J.E.C. : Considères-tu jouer de la timba ?

O.M.V. : Ca dépend de quelle timba on parle ! ! Parfois je joue de la timba ancienne ; parfois de la timba plus modernes, celles des années 90

J.E.C. : Mais quand dans une de tes chansons tu dis : « Llego la timba, llego el sabor » ? (NB : album Tremenda Rumba, 2002)

O.M.V. : … là, le mot « timba » désigne quelque chose de très fort, et de bon. Quand un groupe joue et qu’il est très uni, bien en place, et qu’un vieux conguero ou un rumbero s’arrête pour l’entendre, il te félicitera et te dira : « Oye, esa timba es increible ! » (ça sonne dur, c’est cool !) ; c’est parce qu’il sentira quelque chose de très fort, de peu commun, et ce sentiment il le nommera « timba » !

J.E.C. : …c’est compliqué, non ?

O.M.V. : (en français) … ne t’inquiètes pas ! (rires)

J.E.C. : (en espagnol) … Claro ! (rires)

O.M.V. : Lamentablement, la timba actuelle tend parfois à la monotonie, elle s’accroche plus à la mode passagère qu’elle ne la crée. Elle tend même parfois à la vulgarité. Peut-être que le mot « timba » aurait mieux fait de ne pas s’appliquer à la musique actuelle cubaine. On aurait peut-être mieux fait de trouver un mot nouveau pour la désigner puisque elle est maintenant surtout employée pour la salsa cubaine moderne, celle des années 90… Mais bon le terme « salsa » n’est pas non plus un terme idéal. En fait il y a ainsi plein de mots qui ne sont pas toujours les plus appropriés…On va donc accepter le mot « timba » comme désignant un nouveau style avec ses qualités…. La difficulté de la musique cubaine est son métissage et sa diversité depuis la musique arabe, américaine, espagnole, africaine jusqu’à Haïti… Le « Laoud » (note de JEC : ou « oud », qui deviendra luth en France) par exemple, est un un style bien défini de guitare à Cuba, mais dans les pays arabes, ce mot désigne la guitare en général. La guitare jouée à Cuba est différente de celle jouée en Espagne ou en Afrique du Nord. Toute la richesse est là, on est cubain,on est « timbero », le bon mélange…

JEC : Que penses tu du succès du BVSC ? Cela t’a-t-il aidé ?

O.M.V. : Oui le succès du BVSC a beaucoup aidé les musiciens cubains et c’est bien mérité. Je pense que tout cubain doit être orgueilleux du succès du BVSC qui est un des plus grands défenseurs de la tradition de la musique cubaine. On doit être fier d’eux et non jaloux. Je me sens très heureux de ce succès. Cependant il est vrai qu’il faut reconnaître et savoir que ce n’est pas l’unique musique de Cuba, et que ce n’est pas non plus la musique cubaine actuelle. Il y a beaucoup de musiques jouées à Cuba, et on y joue de tout. BVSC a été le moteur d’un boom de la musique cubaine, ainsi le public et les médias s’y sont à nouveau intéressés . J’ai toujours su qu’Omara Portuondo était une grande chanteuse, Ruben Gonzalez un pianiste génial, parmi les plus grands de Cuba avec Lili Martinez et Peruchin.. Mais à Cuba, personne n’a vu ça… Pio Leyva passait tout le temps à la télé et personne ou presque n’y faisait attention ; Puntillita, Ibrahim Ferrer étaient des musiciens connus mais pas encouragés à faire des carrières solos…Pourquoi Cuba ne leur a-t-elle pas donné l’opportunité plus tôt et aidé à développer leur potentiel ? Maintenant aussi il y a beaucoup de jeunes musiciens qui manquent d’appui et de promotion…Par exemple peut-être qu’un jour une maison de disques ou un promoteur américain, français ou anglais se dise : « Tiens, ce Jack el Calvo a un super potentiel, ce sera une star ! » et c’est parce qu’un étranger dit : « ce sera une star » que Cuba dit « oui c’est une star ! »…Pourquoi attendre qu’un producteur étranger s’en rende compte ?? Il faut plus de « vision » à Cuba. Et si on a besoin d’une aide économique ou d’un investisseur étranger pourquoi pas ? Le deal fait gagner tout le monde… C’est certes un peu de la piraterie avec Cuba , mais c’est de notre propre faute…Cuba doit plus investir…Ce qui rend complexe la promotion, c’est que souvent viennent interférer des sous-entendus politiques…

A SUIVRE : 2e partie de cette interview - en ligne prochainement !

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Orlando et Jack el Calvo
Photo : Patrick Bonnard

Remerciements : à Céline pour sa traduction précieuse et à Patrick pour ses merveilleuses photos …



 

 

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