C’est dans un New Morning pas franchement bondé que se présente pour la première fois dans notre pays Tony Vega, vocaliste portoricain ayant notamment chanté dans les orchestres de Willie Rosario et de Louie Ramirez, avant de "retourner sa veste" dans les années 80 pour une carrière solo exclusivement consacrée à la salsa romántica, principalement au sein de la maison de disques de Ralph Mercado, RMM.
Les portes ouvraient à 20h, mais renseignements pris auprès d’une amie bien informée, je ne m’y rends pas avant 23h. Il me faudra encore patienter jusqu’à minuit avant de voir Tony Vega sur scène. D’aucuns pourront arguer que le public français était de toute façon très peu nombreux, et que le public latino-américain, lui, ne s’étonne guère de ces horaires, ayant largement contribué à les instituer. A ceux là, votre serviteur suggèrera poliment de s’interroger sur la cause de la désaffection du public francophone, et il fera pour cela entièrement confiance à leur intelligence, s’abstenant ainsi de pointer du doigt la communication de dernière minute et les spectacles commençant 4 heures (voire plus) après l’horaire annoncé dans cette même communication.
Mais occupons-nous du clou du spectacle : Tony Vega, donc, monte sur scène vers minuit, accompagné du backing band dirigé par Borys Caicedo que l’on avait déjà vu à plusieurs reprises, notamment avec David Pabón, ou encore Luisito Carrión. Backing Band auquel on n’aura strictement rien à reprocher : les morceaux sont connus, les arrangements sont propres, le son est très correct (on est au New Morning, ouf !), et Tony Vega n’a rien perdu de de cette voix superbe, sachant conjuguer douceur et swing.
Le repertoire abordé est quasi exclusivement celui des grands tubes de Tony Vega du début des années 90 : Esa Mujer, Ella Es, Fui la Carnada, Aparentemente, etc. Tubes qu’une grande partie du public, fortement féminisé, reprend en choeur, et que votre serviteur lui-même se surprend à connaître par coeur même 15 ans après. Tony Vega connaît son public, et le laisse d’ailleurs régulièrement chanter le début de ce qui tient lieu de "refrain" (principal apport de la salsa romántica à cette famille musicale - à ne pas confondre avec le coro, qui lui, vient tout à fait normalement dans la partie montuno du morceau). Un seul morceau viendra contraster à cet ensemble très sirupeux, le magnifique Mi Amigo El Payaso de Willie Rosario, thème sur lequel notre ami DJ Julian "El Payaso" aura son heure de gloire, Tony Vega lui consacrant quelques pregones.
C’est d’ailleurs sur ce seul morceau que l’on aura une très brève démonstration des talents de sonero de Tony Vega, lui qui a pourtant chanté pour les plus grands de cette famille musicale, et qui n’a clairement plus à faire ses preuves dans ce domaine ; le reste de sa prestation collera, à la grande déception de votre serviteur, aux standards de la salsa romántica, dans laquelle la partie improvisée disparait au profit de "pregones" écrits à l’avance, que le public connaît d’ailleurs lui aussi par coeur, et qui sont débités par l’artiste très exactement comme sur ses enregistrements studio.
Même remarque pour l’orchestre, pourtant manifestement excellent, auquel aucun espace d’expression ne sera offert. Pas le moindre petit solo, rien, que ’tchi.
Difficile donc de ne pas rester quelque peu sur sa faim, tout comme à la fin du concert, où Tony Vega rentrera dans sa loge et n’en sortira plus, même pas pour un dernier morceau. Minimum syndical ?
Une douce tranche de souvenirs venus tout droit de l’âge d’or de la salsa romántica m’accompagneront toutefois jusqu’à l’oreiller, une forme de nostalgie douce et acidulée comme les bonbons d’antan.

- Tony Vega au New Morning
- Photo : Maru
Musiciens
Tony VEGA : chant
Borys CAICEDO : timbales & directeur musical
Jorge POSADA : congas
Javier BETANCOURT : basse
Sebastien FAUQUE : bongo
Daniel STAWINSKI : piano
Eric LACHAUD : trompette
Vincent PAYEN : trompette
Olivier CARON : trombone
Christophe HEMAN : trombone
Nando VANIN : choeurs
Alberto CAICEDO