Cddiffusion est l’un des rares sites français à proposer un aussi large panel de cds de musiques cubaines. Le catalogue propose des disques de son, rumba, mais aussi latin jazz, classique, timba… Rencontre avec le créateur, Maurice Cialdella.

Quand as-tu commencé ton activité Cddiffusion ?

L’activité a commencé en 1993. J’avais des amis à Prague, que je n’avais pas vu depuis longtemps, j’y suis allé. Je voulais commencé ce travail de distribution, à l’époque il se créait plein de nouveaux labels, j’ai fait une tournée, ils m’ont baladé un peu dans toutes les maisons de disque, j’ai commencé à constituer un catalogue qui n’était au départ que du classique. Qui s’est élargi ensuite avec d’autres origines, Italie, Danemark, etc. Au début, je ne visitais que les médiathèques, j’emmenais des disques dans la voiture, en général je les laissais sur place. Et puis, il y a des gens qui trouvaient les disques dans les médiathèque, s’ils voulaient les acheter, ils ne pouvaient pas, ils demandaient par l’intermédiaire des discothécaires, nos coordonnées. je commençais à avoir une petite liste de gens, j’ai commencé à envoyer comme ça des offres, puis ça répondait bien. J’ai fait le salon Musicora, de 1997 jusqu’à il y a trois ans, on augmentait le fichier là notamment, plus les pubs ou les chroniques dans la presse, l’activité s’est orientée vers la vente par correspondance. Après j’ai travaillé avec les Fnac, ce qui fait que j’ai relâché un peu la vente directe, ce que je n’aurais pas dû. Les Fnac, ça devient très compliqué à cause de ce qu’ils ont décrété concernant le marché du disque, qu’il fallait réduire, etc, parce que les gens n’en voulait plus, ce qui n’est pas vrai. En plus ils ont changé leur système d’organisation, auparavant j’avais des commerciaux qui visitaient les Fnac, mais maintenant on ne sait plus qui commande, parce que l’on reçoit des commandes par groupe, de groupes de produits et de taille de magasin, c’est compliqué, une commande peut concerner le magasin de Strasbourg, celui de Toulouse, ou de Brest, on ne sait pas. En plus, il fallait adhérer à un système très compliqué, qui nous faisait faire deux fois le travail de facturation, ça compliquait beaucoup. Je n’ai pas adhéré à ce système, ils passent les commandes par fax, mais on ne peut plus envoyer de commerciaux. Le chiffre de fnac n’est pas encore à zéro mais c’est très faible. Par contre tous les jours il y a de nouveaux clients particuliers. Ça n’a pas encore compensé, mais il y a vraiment de nouveaux clients sans arrêt.

Pourquoi la musique classique ? Es-tu toi-même musicien ?

Non, et c’est peut-être pour cela d’ailleurs, compenser une frustration ! (NDLR : il rit)

C’est ton métier ? Une activité annexe ?

C’est mon métier.

Quand les musiques cubaines se sont-elles rajoutées ?

C’est quelque chose que j’aime bien depuis longtemps. A l’époque où j’avais essayé de voir ça, les labels étaient déjà distribués, Egrem par exemple, il y avait des gens sur Paris, donc j’avais laissé tomber. Je suis revenu à la charge en 2006. Pour Bis Musique par exemple, il se trouve qu’ils avaient des gens à la foire de Besançon, où Cuba était le pays invité d’honneur, ce n’est pas très loin, je suis allé les voir, ça s’est embrayé rapidement ici, et puis Egrem presqu’en même temps. Il y a en fait un troisième label, moins accès sur la salsa, c’est Colibri. Egrem est le label historique, créé en regroupant de petits labels qui existaient à l’époque. Bis Musique, c’est pour commercialiser des produits culturels, c’est le Ministère de la Culture qui l’a créé. Colibri c’est l’Institut de la Musique. Ils font plus de productions classiques, et aussi des musiques traditionnelles, jazz, mais pas beaucoup de salsa.

Comment se fait le choix de ce que tu commercialises ?

Je pars du principe, comme pour les autres labels dans le classique, de faire tout le catalogue des labels que je représente. il y a parfois des choses que l’on élimine, du théâtre en tchèque par exemple… Pour les produits cubains, il arrive que l’on en élimine, parce qu’il y a beaucoup de choses qui sortent, parfois des compilations où l’on retrouve un peu toujours les mêmes, ça fait double emploi parfois. Mais par principe on les fait tous, pour Cuba, il y a plus de 530 références, qui sont disponibles – il y en a toujours quelques-uns qui manquent, mais on a tout en stock, ça commence à faire beaucoup.

Quels sont les albums de musiques cubaines qui se vendent le mieux ? Des nouveautés, des classiques de son ?

Parfois c’est un peu long à démarrer, parce que, vu ma structure, on n’a pas la taille et la puissance d’imposer une pile dans chaque Fnac, de faire des choses comme ça. Ce qui nous fait vivre c’est tout le catalogue, on a toujours tout disponible. C’est le fond de catalogue qui fait vivre. Il y a des artistes, bien sûr, Van Van, Manolito Simonet, etc qui sont plus porteurs.

Comment se fait l’approvisionnement ? Les disques viennent de Cuba ?

Tous sont produits à Cuba. Ils étaient souvent pressés à l’étranger (Canada ou Colombie), mais maintenant je ne sais pas, ce n’est plus indiqué. Je ne pense pas qu’ils en pressent beaucoup. ils ont investi dans des studios, mais pas tellement au pressage je crois. C’est fait encore souvent à l’étranger. Mais les productions, l’enregistrement, tout est fait à Cuba.

Quels sont les délais habituels pour les cds de musiques cubaines ?

Quand cela prend l’avion, au bout de trois quatre jours, c’est dédouané rapidement ici. Bis Music, ça va encore, mais Egrem c’est particulièrement long, mais je n’ai encore jamais compris pourquoi. Le problème aussi c’est que tout n’est pas toujours disponible. Dès qu’arrive le dernier, ils ne retirent pas systématiquement, il y a une question de moyens, comme ils sortent beaucoup de nouvelles productions, c’est prioritaire, donc des titres disponibles chez eux il en manque toujours beaucoup.

Plus que dans le classique ?

Oui. La plupart des éditeurs classiques que j’ai, réédite dès qu’arrive la fin d’un tirage, systématiquement. Pour Cuba, je pense qu’il y a une question de moyens. Un disque peut manquer plusieurs mois, et on n’est pas toujours sûr qu’ils vont le retirer. C’est dommage, parce que par exemple chez Egrem il y a des choses sensationnelles en jazz, par exemple Emiliano Salvador, Gonzalo Rubalcaba. Des disques en concert de jazz qui sont vraiment fabuleux. Et des fois ils sortent des compilations qui n’apportent pas grand chose. C’est souvent des enregistrements qui sont déjà faits, mais c’est quand même coûteux parce qu’ils sortent presque tout en Digipack, il y a des livrets sympas etc. Alors qu’il y a des valeurs sûres qu’ils pourraient refaire.
Il y a des pianistes comme Ernán López-Nussa, ou son neveu Harold López-Nussa, qui sont très bons en classiques et en jazz. Chez nous c’est beaucoup plus compartimenté, avec des clans, même différents styles dans une même musique. Quelqu’un comme Chucho Valdés , fait quoi ? de la musique. Des disques instrumentaux au piano, je ne sais pas s’il faut les classer en jazz, musiques populaires, ou classique. Il y a des contraintes de moyens, mais il ne va pas se faire virer du catalogue s’il ne vend pas 100 000 exemplaires. Donc s’il a un projet , ce n’est pas les mêmes pressions que l’on peut avoir sur le plan économique. Quand on penses à des artistes comme Jonasz qui se retrouve en dehors du catalogue…

As-tu eu l’occasion d’aller à Cuba ?
Non justement, il faut que je me libère de mon travail ! C’est difficile de m’absenter plus d’une semaine.

Tu es tout seul pour gérer les commandes etc ?

Maintenant oui.

Je suis d’autant plus impressionnée par les délais !

Il faut être crédible. Les gens envoient des chèques, ou payent en ligne, ça ne leur pose pas de problème d’attendre quelques jours, mais s’ils sont servis très rapidement, c’est aussi un plus. Qu’est-ce qui peut faire qu’une petite boîte comme la mienne existe, c’est la qualité du catalogue, et puis le sérieux du travail, sinon on est vite démoli.

Comment a évolué ton activité ?

Au début, on faisait le chiffre essentiellement avec les médiathèques. Des particuliers se sont ajoutés. La partie particuliers a baissé lorsqu’on a voulu travailler avec les Fnac. La partie Fnac plonge et les particuliers remontent.

Pour les musiques cubaines, y a-t-il des régions en France qui commandent plus de disques ?

Partout, et un peu plus là où passent les artistes. Le passage des artistes aide à la vente des disques. Quand on est présent, comme au festival Bayamo, en quatre soirs on vend beaucoup de disques, parce qu’on a les disques des artistes qui passent. Mais les passages d’artistes ont des retombées, que ce soit par le biais de sites clients comme la Fnac, Cdmail ou autres, et chez nous directement aussi. Des mordus il y en a peut-être un peu plus dans le sud, ou dans la région parisienne, mais ce sont aussi les secteurs où passent le plus souvent les artistes cubains.

Tu écoutes tout ce que tu as en catalogue ?

Oui. Lorsqu’il s’agit de compilations, avec des choses que je connais déjà, je ne m’attarde pas à l’écoute , mais j’essaie de tout écouter.

A titre personnel, dans les musiques cubaines, quels sont tes artistes préférés ?

Il y en a beaucoup, parce qu’il y a le jazz aussi, et même des productions classiques qui sont super bien, avec des pianistes tout à fait remarquables. Il y a des artistes comme Adalberto Alvarez que j’aime beaucoup, José Luis Cortés, à l’époque où il travaillait ! Depuis quelques années il n’a pas fait grand chose. La Charanga Habanera, … Il y en a aussi qui sont particulièrement intéressants sur scène, Klimax, que j’aime beaucoup aussi, il a changé un petit peu de formule, mais sur scène c’est assez impressionnant. Il y a beaucoup d’orchestres, et ils se défont en partie, les chanteurs partent constituer leur propre groupe, il y a beaucoup de changement, et beaucoup d’orchestres qui se créent.

Est-ce que tu danses la salsa ?

Non ! (NDLR : rires)

Tu essais d’aller régulièrement à des concerts ?

Dans ma région, il n’y en a pas beaucoup, mais je peux faire des kilomètres pour aller à des concerts, de toutes sortes d’ailleurs. Ça me fait bouger quand même la salsa, en général on ne reste pas assis, mais je en suis pas danseur. Peut-être quand j’aurai plus de temps.

Comment es-tu arrivé dans ta région ?

A cause d’une femme ! J’étais en Isère auparavant.
On a pas besoin de magasin, on peut être situés n’importe où. Quelques fois on participe à des salons ou des festivals.

Tu as du stock chez toi ?

Oui, beaucoup d’ailleurs ! A peu près un an de stock, en volume. J’ai des clients dans les environs de Colmar, là où nous sommes, et ils achètent par correspondance ! Quelques-uns viennent de temps en temps …

Tu n’as jamais eu envie d’introduire de la salsa portoricaine, new-yorkaise, dans ton catalogue ?

Ça demande beaucoup de travail, surtout pour une petite structure, des moyens, du temps… J’ai éliminé deux labels classiques, qui étaient relativement importants, qui avaient beaucoup de choses, je ne comprends rien, j’ai toujours autant de boulot ! J’évite de prendre des nouvelles choses, mais je peux être tenté. Je viens de commencer, il n’y a pas longtemps, avec des musiques du Chili, Quilapayun et Inti Illimani qui ont des dvds de concert qui sont super bien, personnellement j’aime beaucoup, donc je suis d’autant plus motivé. J’avais des gens à contacter au Pérou, pour de la musique traditionnelle… Mais il faut se calmer, si on sort trop de choses en même temps, cela revient à diluer les efforts.

Selon toi les gens sont-ils encore attachés à l’objet disque ?

Personnellement, je ne suis pas pour le téléchargement, pour diverses raisons. Pour de la variété par exemple, sur un album de douze titres, les gens vont télécharger celui qu’ils préfèrent, ou celui qu’ils ont entendu. Pour l’artiste ce n’est pas très bon, parce que souvent il a passé des mois à travailler sur un album complet, souvent il y a un thème, une idée générale sur l’album. Je ne parle pas du piratage, mais quand on achète en téléchargement légal, c’est pratiquement aussi cher qu’un album, si on prend tous les titres, sans avoir le livret, parfois les textes, etc tout ce qui va avec. Souvent ceux qui sont téléchargés, ce sont ceux qui vendent le plus, un artiste qui ne vend plus que 450 000 exemplaires au lieu de 480 000, c’est pas la mort. C’est pas les seuls raisons de la difficulté du disque. Les enregistrements se faisaient aussi du temps des cassettes. Avec une moindre qualité, mais celle du téléchargement est aussi moins bonne, jusqu’à présent en tout cas.

La communication sous format papier fonctionne encore bien ?

Je me suis mis sur Amazon aussi, je ne suis pas trop favorable à ce système, mais sinon mes disques s’y vendent sans que j’y sois, je ne sais par où ils arrivent parfois ! Par cet intermédiaire, ou sur mon site, par des clients qui donnent l’adresse, etc, il y a sans arrêt de nouvelles personnes, cela fait plus de papier à envoyer, il y a plus de visites sur le site, ça génère aussi du papier, ça ne l’élimine pas. Personnellement, comme acheteur, j’aime bien le papier. C’est pas que je souhaite qu’on détruise les forêts – le papier est d’ailleurs très recyclé. Je vais sur internet, faire des recherches, mais pour consulter un catalogue, j’aime bien avoir le papier. J’ai des gens qui attendent de recevoir les feuilles, voient ce qui les intéressent, pour commander ensuite sur internet. A chaque envoi, je joins des documents, c’est quelque chose qui va rester sur la table quelques temps. Les clients ne se disent pas tous les matins, je vais aller voir ce qu’il y a sur son site, ce serait trop beau ! On frappe un peu à la porte des gens avec ces documents. Mais c’est toujours ciblé, je n’achète pas de fichier par exemple, les personnes à qui j’envoie sont des personnes qui ont demandé la documentation, qui ont déjà acheté chez nous.

Quels sont tes projets à moyens termes ? Transmettre ton activité ?

Oui … Ce n’est pas très offensif comme conclusion! J’aime bien ce que je fais, même si je voudrais m’arrêter, parce que c’est une activité ludique, que ce soit dans ce domaine des musiques cubaines, on connaît des artistes, pas mal de gens, pour le classique pareil, avec des gens de la Philharmonique Tchèque, etc, on a des liens sympas, il y a ce côté intéressant, mais il y a dans la vie plein de choses que je veux encore faire, et il faut un peu de temps pour ça aussi.


Retrouvez le large choix de cds de musiques cubaines proposé par Maurice Cialdella sur son site Cddiffusion.

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